Flic white trash, Grace Hanadarko reçoit la visite d’un ange, Earl, après avoir renversé un homme alors qu’elle conduisait ivre. Si l’accident n’était qu’un songe manipulateur, l’ange de la seconde chance est bel et bien réel.
Raconté ainsi, on a l’impression de voir Grace sur Les Routes du Paradis (le show bigot avec Michael London). Orientation religieuse, ange aux ailes bien blanches et aura lumineuse, rédemption. Tous les ingrédients sont présents. Nancy Miller pimente la recette avec une quadra fucked up pour éviter la cucuterie. Et s’exporte sur le câble (TNT) pour donner libre cours à ses envies. Plus encore que Les Routes du Paradis (avec ange rédempteur), Saving Grace rappelle une autre série : Rescue Me. On prend un personnage excessif et perdu (Tommy/Grace), un corps de métier référentiel (pompier/flic), un évènement traumatique (le onze septembre/ l’attentat d’Oklahoma) et une pointe de fantastique (les fantômes de Tommy/l’ange de Grace). Le quinté gagnant et dans le bon ordre.
Dans leur structure, les deux séries prennent deux chemins différents. Saving Grace garde l’aspect formula show type policier, avec une enquête par épisode. Et conserve un aspect fil rouge dans la relation qu’entretiennent Grace, Earl et Leon Cooley. Les deux genres ont la cohabitation difficile. Détachées et paresseuses, les intrigues policières ne semblent là que pour meubler le temps d’antenne. Enquêtes déjà-vu, résolutions sans enjeux, aussi palpitant qu’un épisode du Renard ou autres séries policières allemandes. On devine que le cadre policier n’est qu’un prétexte à offrir un environnement calibré pour la rédemption de Grace. Où la figure du policier est écorchée (sans être chez The Shield non plus). Pour l’aspect « plan divin », Nancy Miller se cache trop souvent derrière les voies impénétrables du seigneur pour susciter l’éveil du spectateur.
Il reste la vie de débauche de Grace. Ses cuites (nombreuses), ses coups d’un soir ou amant régulier, sa famille (frères, sœurs, neveu…), sa meilleure amie (Rhetta, la CSI maison), son chien (Guss) et son ange (Earl). La série appuie avec une telle insistance que l’on a l’impression de voir un petit manuel illustré. Tout y est excessif, sans aucune forme d’expression, sans nuance. Aussi brute qu’est Grace. Sorte de bloc mal dégrossi qui éclabousse tout sur son passage.
Le show devient à l’image de son personnage principal. Aucune modération dans l’écriture et la construction. A l’image du jeu de son actrice (Holly Hunter), en roue libre, sur-jouant la moitié des scènes. Sans remettre en cause le talent confirmé d’Holly Hunter, la prestation frôle l’embarras. La faute à une écriture excessive et un ton général qui frise l’hystérie, ainsi qu’une absence relative de direction. Le show s’offre un joli casting : Leon Rippy (Deadwood), Kenny Johnson (The Shield), Laura San Giacomo (Just Shoot Me), Bailey Chase (Buffy, Castle), mais tous sont entraînés dans ce schéma outrancier.
Une écriture qui exagère chaque situation, l’interprétation pris dans ce tourbillon, la pauvreté des scénarii, les enjeux obscurs à l’intérêt limité, suffisent à appuyer la médiocrité de la série. Elle parvient à de rares moments à faire illusion, notamment sur la fin de première saison et moitié de la seconde. Mais l’ensemble souffre d’un déséquilibre, entre manque d’ampleur des enquêtes policières et abus dans la débauche de Grace. Earl, l’ange qui chique, devrait peut-être visiter Nancy Miller et lui prodiguer quelques conseils pour mettre Saving Grace sur les chemins de la rédemption artistique.
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