Dans le focus consacré à la série, on reprochait son univers trop policé et l’usage inoffensif du politiquement incorrect. On aurait pu continuer à écrire cela pour les deux épisodes suivants. Et ensuite, de virer de bord, quand le show trouva enfin son ton, son rythme et ses personnages. Comme un réveil. Une illumination. D’un coup, d’un seul, tout prenait sa place, la folie douce trouvait grâce. Et s’il manque encore un vrai fil narratif étiré sur la longueur, on savoure ce côté « work in progress » permanent. De la série qui se construit épisode par épisode.
Pourquoi attendre ce neuvième épisode pour mentionner la transformation positive de la série ? Parce que l’on atteint une forme d’apogée. Quand plusieurs storylines se croisent, quand elles constituaient naguère la charnière centrale d’un épisode entier.
Se disputent deux histoires tendres. La continuité/confirmation de ce que l’on avait pu voir auparavant : la relation entre Kurt et son père. Comment ce dernier gère l’homosexualité de son fils. On s’attendait à un stéréotype bien tranché : le paternelle bourru, viril, patron d’un garage automobile dans une petite ville américaine. Au contraire. Veuf qui tente, comme il peut, de protéger son fils, de le comprendre et le soutenir. Quitte à menacer l’école d’un procès pour permettre à Kurt de tenir le solo destiné à une fille. Dans l’univers surréaliste de Glee, un peu de douceur rationaliste, une sincère relation entre un père et son fils permet de remettre la série les pieds sur terre, l’espace de quelques minutes.
Un sentiment que l’on retrouve avec Sue. La perfide, manipulatrice et dictatoriale directrice des cheerleaders comme on ne l’avait jamais vu. On ne mentionnera jamais assez le pouvoir comique de Jane Lynch. Par son jeu, toute en sincérité décalé, et ce corps un peu androgyne, trop grand, élancé, filaire. Dans Glee, elle est magistrale. La seule constance jusqu’à présent, qui n’a jamais souffert du mauvais départ de la série. Elle promenait sa haine du Glee Club, sa gestion militariste des cheerleaders, ses coups bas et coups de gueule, avec un fou rire au bout du chemin. Dans cet épisode, on découvre une autre facette de la femme. Dans un premier temps lors d’audition, quand elle choisit une adolescente trisomique. Et la raison, quand on la voit rendre visite à sa sœur trisomique et lui faire la lecture du Petit Chaperon Rouge. Un grand et beau moment, qui achève d’asseoir le personnage parmi les plus belles créations.
Les scénaristes continuent sur leur lancée et garnissent l’épisode jusqu’à l’engorgement jouissif/réflexif. Les handicapes et préjugés, la solidarité du groupe. Forcer le Glee Club à utiliser des fauteuils roulants. Leçon de vie qui consiste à se mettre sur le siège d’Artie. Et de terminer en apothéose par une version de « Rolling on the River » en fauteuil, chorégraphie à l’appuie. Le soutien moral et revendicatif apporté par les élèves pour une meilleure intégration des personnes à mobilité réduite occupe l’aspect « bonne morale » de l’épisode. Mais finalement contrecarré par l’intéressé lui-même, quand il rejette Tina pour avoir feinté son handicape (le bégaiement). Côté maternité, Quinn s’affirme plus peste que jamais, formant un joli couple (potentiel) avec Puck, Finn plus idiot encore (l’acteur joue à merveille son personnage).
Wheels converge toutes les qualités présentes depuis une poignée d’épisode. Seule petite ombre au tableau, l’absence de Jaymas Mays. Un regret que l’on balayera vite, gardant l’image d’une Sue assise auprès de sa sœur. Révélation d’humanité. De la plus belle des façons…
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