L’enfer de Dexter, c’est la routine qui se brise. La perte de contrôle. Un peu comme sa voiture, multipliant les tonneaux en fin de season premiere. Avec un corps démembrés dans son coffre. Stupeur au réveil dans l’ambulance. Panique quand un officier de police se présente. Soupir de soulagement car il n’apporte « que » les médicaments d’Harrison.
Sa conscience, symbolisée par Harry, l’avait prévenu : maintenant qu’il est père, qu’il possède une (nouvelle) famille dont il est responsable, le dark passenger n’aura plus le temps de s’exprimer. Au risque de commettre des erreurs, de se compromettre. Durant l’épisode, il ne cessera de lui rappeler sa faute : avoir perdu le corps de sa dernière victime. S’en suit une course, duelle. Contre la montre, pour retrouver son cadavre, contre le sommeil, pour éviter toute commotion. Courant à droite à gauche, accumulant les cafés ou les Red Bull, Dexter se contorsionne, tout en maintenant (comme il le peut) cette figure souriante et rassurante pour ses collègues ou Rita.
Après un season premiere qui voyait (déjà) la routine changée au gré des humeurs (nocturnes) du bébé (voir le générique en mode «epic fail »), c’est à la nature même de Dexter, à son identité première, sa source ou sa soupape de sécurité que les scénaristes osent s’attaquer. Si dans les saisons précédentes, un élément perturbateur extérieur venait rompre les loisirs du serial killer (Doakes, Lyla, Prado), Dexter était en mesure de s’occuper de l’ennemi. Dans cette saison, la brouille vient de lui-même, symbolisé par son fils (Dexter lutte contre son corps, sa fatigue). Et c’est de lui que viendra la perte de contrôle.
Le reste de l’épisode est partagé entre la chasse du Trinity Killer et les retrouvailles de Debra et Lundy. Dans les deux situations, beaucoup de retenu, de la tendresse (l’une plus flippante que l’autre) et une justesse de ton magnifié par les comédiens (et le langage fleuri de Debra). La vision du Trinity Killer, choisissant sa proie, la suivant pour connaître son environnement, ses habitudes, son lieu de résidence fonctionne en écho au modus operandi de Dexter. Avec cette même maîtrise proche du control freak, soigné et consciencieux. On ne sait toujours pas si de l’adversaire ou du complice se tournera la relation entre les deux tueurs en série, mais leur confrontation laisse envisager de grandes choses, comme la série nous y a habitué.
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